17.12.06

L'économie, moteur de notre monde (3/3)

L'économie et les idées (2/2) : neo-libéralisme et néo-conservatisme

Comme on l'a vu, l'économie est une affaire d'idées. Celles-ci s'insèrent dans un monde où l'homme doit faire face à des choix politiques et sociaux.
Le libertarisme* (certains disent libertarianisme) ou néo-libéralisme, comme le nomme ses adversaires, est une de ces idées. Une idée qui est née en réaction au libéralisme de Keynes. Théorisé dans les années 1950-60 par des hommes comme l'américain Milton Friedman, il vise à démanteler le pouvoir de l'Etat, jugé comme exagéré. L'Etat vole les hommes qui créent la richesse en les obligeant à payer des impôts et des charges sociales pour redistribuer. Il est un frein à la liberté d'entreprendre, donc à l'embauche et à une vraie redistribution des richesses.
En 1962, dans "Capitalism and freedom", Friedman, chercheur en économie à Chicago, défend l'idée qu'utiliser la monnaie comme moyen d'augmenter la consommation provoque de l'inflation, et fait baisser sa valeur. Il dit: "L'inflation est partout et toujours un problème monétaire." Ce qui signifie que les causes de l'inflation sont les conséquences d'une politique monétaire. Il faut rappeler qu'à l'époque on avait vécu des cas dramatiques d'inflation (la crise de 1929 aux Etats-Unis, et surtout sa conséquence en Allemagne, qui a ruiné le pays et, selon toute probabilité, est un des facteurs essentiels de l'élection de Hitler). L'Etat ne doit donc plus soutenir la consommation car il met en péril la vie des entreprises de son pays en faisant baisser la valeur de sa monnaie. Ce qui révèle que son imiscion dans l'économie est néfaste, d'autant que "la responsabilité sociale de l'entreprise est d'accroître son bénéfice", dit Friedman. Et par là, l'entrepreneur s'occupe déjà de l'enrichissement, donc d'employer la population au maximum et de la payer au prix du marché. On n'a pas besoin d'Etat hormis pour défendre cette situation de fait, ce qui en revient à la théorie de Locke.
Dans les années 1930, avec les attaques marxistes, radicales (je veux dire des républicains en France) ou keynésiennes, plus personne ou presque n'osait défendre de pareilles idées mais avec l'enrichissement du monde occidental (Etats-Unis, Europe de l'Ouest...) et l'anti-communisme, Friedman est de plus en plus écouté ; à tel point qu'il décroche un prix Nobel d'économie au début des années 1970. Ces idées prennent un nouvel essor avec les débuts de la mondialisation des échanges. Aujourd'hui, parmi les plus importantes revendications de ces libertaristes (ou libertariens), on notera la demande, formulée politiquement, de libéraliser les échanges à l'intérieur d'un même Etat pour assouplir le fonctionnement des entreprises -qui doivent faire face à l'accélération des échanges et aux modifications rapides de leurs marchés (dans le système boursier surtout)- et ainsi développer la compétitivité des entreprises nationales vis-à-vis des concurrents de l'étranger (ce qui doit selon eux passer par des mesures de suppression d'impôts et de charges salariales, l'allègement des contraintes sur les contrats de travail salariés notamment en ce qui concerne les licenciements, voire la supression des contrats à durée indéterminée).
Au départ soutenue par des économistes, cette idée de libertarisme est passée dans le champ politique, d'abord aux Etats-Unis, puis au Royaume-Uni avec une femme comme Thatcher qui a libéralisé tous les services étatiques, puis en France avec des hommes politiques comme Madelin. A l'heure actuelle, cette vision du monde ne doit pas être remise en cause, c'est devenu pour chacun d'entre nous une faute professionnelle.
Néoconservatisme
Pourtant, l'exemple le plus infame de cette théorie, c'est l'aspect politique qu'il prend à l'extrême aujourd'hui: le bien nommé néoconservatisme. Construit sur la liberté, ce système s'avère incapable de la faire respecter. En dehors des riches ou des Etats-Unis (si l'on veut prendre très large parce que finalement, les pauvres aussi sont exclus du droit à la liberté), ce système profite de la pauvreté pour s'enrichir sur son dos, voire la faire prospérer, à des fins d'enrichissement personnel. Je m'explique.
Le néoconservatisme est le nouvel extrême (en pratique) de ces théories libertaristes. On libéralise chez nous, on fait du protectionnisme à tout crain vis-à-vis de l'extérieur (comme on a toujours fait: d'où la mondialisation bien sûr, surtout celle du riche) et finalement, on demande à l'Etat de dépenser des sommes astronomiques dans l'armement pour doper sa propre économie, et permettre aux entreprises de relancer le taux de croissance, et tirer artificiellement l'économie. Les entreprises américaines ont compris: développer la consommation avec la com (pub, télé, etc...) c'est bien mais ça ne suffit pas parce que le salaire du péquin moyen est trop faible pour dépenser assez, et finalement à permettre une forte croissance. Même en s'endettant, on n'arrive plus à tirer suffisamment la machine pour que les plus riches puissent devenir plus riches ou plus simplement que les plus pauvres ne s'appauvrissent pas plus. Alors, que faire? La guerre, c'est bien pour éviter une crise. On fait élire un idiot enfin bref... C'est un peu le sujet de ma pièce de théâtre. Et on a tout inversé. Aujourd'hui, c'est l'entrepreneur (ou l'actionnaire majoritaire plutôt) qui décide de politique: attention danger!
La machine s'est un peu emballée et on ne sait plus trop quoi faire pour l'arrêter, alors autant s'occuper d'environnement, tiens. Enfin, je rigole mais bon. En tout cas, les plus pauvres restent pauvres parce que contrairement à ce qu'on a promis, on a toujours pas fait de transferts de technologies, ce qui pourrait leur donner un peu d'aisance pour réfléchir et se développer. Hormis avec quelques pays comme le Brésil qui sont relativement protégés, on achète la banane à quedalle pour la surtaxer et la vendre quand même. On vit sur le dos du monde.
J'ajouterai seulement une chose à cet argumentaire qui vous paraîtra certainement extrémiste, c'est que je ne crois pas que tous les acteurs économiques et politiques se pensent responsables d'un tel fonctionnement. Ils n'en ont pas forcément totalement conscience (ou plutôt ne veulent pas le voir) mais leurs alliances à court ou à moyen terme (économique bien sûr) mettent en péril le monde. Personne n'est totalement responsable, à moins d'entretenir des chimères sur le système économique -ce qui concerne quand même beaucoup de gens qui aiment se laisser bercer plutôt que de penser- (et aussi de s'appeler Friedman). Mais on doit tous faire quelque chose. Enfin, ce serait bien.

Spiegel
*En anglais, on les nomme les libertaires mais cette notion ne convient pas en France où les libertaires sont des anarchistes de gauche.
Et je ne parlerai pas d'anarcho-capitalism (aller voir sur wikipédia avec David Friedman, qui lui est bien né de son père et de la cuisine à Jupiter)