L'économie et les idées (1/2)
Contrairement aux idées reçues ou aux pensées toutes faîtes et pré-emballées dans du papier cadeau (et qu'on offre au spectateur-citoyen pour les grandes occasions), l'économie est une affaire de réflexions et d'idées. La création depuis la fin de la seconde guerre mondiale de grandes organisations internationales qui se veulent apolitiques, comme l'OMC (Organisation mondiale du commerce) ou le FMI (Fonds monétaire international), en sont la preuve. Pour promouvoir une mondialisation des échanges, les libérer des entraves étatiques (notamment des barrières douanières), et permettre l'enrichissement de tous (pauvres comme riches), on a créé dans les années 1950-70, et sous l'impulsion américaine, plusieurs organisations à l'échelle internationale. Ces organisations se devaient de réfléchir pour augmenter la richesse de chaque Etat qui fonctionnait grâce à l'économie de marché et de permettre aux populations de se développer. Il s'agissait donc aussi de la part des plus riches d'aider les plus pauvres en limitant, voire en anéantissant, les systèmes douaniers et en mettant en place des transferts de technologie, afin que ces pays pauvres puissent accéder à la maîtrise d'outils performants dans la création de richesse (technologie pour pomper l'eau, le pétrole, pour l'agriculture...). Aujourd'hui, tout ce travail paraît avoir été abandonné (à grand échelle je veux dire): l'OMC est bloquée, tour à tour par les Etats-Unis, tour à tour par l'Europe et notamment la France (ex: l'agriculture). Quant au FMI, il ne nous sert qu'à nous protéger, nous, les pays riches contre des plus pauvres qui pourraient nous concurrencer (ex: la grave crise de 1997 en Argentine née de la demande par le FMI (et notamment des USA en bisbille politique avec l'Argentine) du remboursement total des dettes du pays qui était alors en pleine expansion). Pourquoi a-t-on changé de politique?
Et bien d'abord parce que sans l'URSS, pas de modèle communiste à affronter. Les Américains n'ont plus à se protéger du communisme, à protéger leurs alliés et à allécher financièrement ceux qui aimeraient les rejoindre. Aujourd'hui, tout le monde est dans le même bateau économique et c'est celui du chacun pour soi, de l'enrichissement égoïste. Où va ce bateau? A mon avis à la catastrophe qui attend le narcissique qui dérive au long de son délire, c'est-à-dire la guerre. Pourquoi et comment, là sont les vrais questions.
Petit rappel historique:
La pensée à la mode aujourd'hui, c'est celle du liberalisme. Une pensée qui nous vient des années 1930, voire des économistes libéraux du XIXème, mais plus loin encore des philosophes John Locke ou encore Hume aux XVIIe et XVIIIe. Ces deux hommes ont beaucoup réfléchit à la nature de l'homme. Leurs théories sur la liberté sont des précepts encore vivaces: "Pour l'homme dans l'état de nature la liberté, disent-ils, c'est d'abord la propriété de soi, de son corps (et de sa conscience)". Mais ils ont encore un autre précept: ce qui lie les hommes entre eux dans la société, ce sont les échanges (économiques). Il en découle pour eux que l'Etat ne doit avoir comme pouvoirs que ceux de garantir cette liberté qui permet les échanges: donc de pouvoir rendre une justice équitable (et aussi de punir) et de défendre les citoyens contre d'autres états (protéger leur liberté). L'Etat n'a pas à intervenir dans l'économie donc. Ce sont les théories libérales dites classiques qui naissent avec Adam Smith notamment. C'est lui qui définit la main invisible. Au XIXème, ces théories subissent une critique importante qui est celle de Marx, pour qui ce système théorique du point de vue économique (et sa pratique) est de toute manière injuste puisqu'il favorise uniquement le plus riche au détriment du plus pauvre: de toute façon, l'ouvrier n'est pas rétribué assez pour son travail.
Dans les années 1930, beaucoup de démocraties sont en pleine expansion en Europe, fondées sur des principes plus égalitaires qu'au Royaume-Uni. Des économistes qui se disaient libéraux, comme Keynes par exemple, ont alors défendu l'idée que l'Etat se devait d'intervenir pour corriger les "effets pervers" de l'économie de marché. Que faut-il sous-entendre par "effets pervers"? La définition est vague. A l'époque, on a déterminé que l'économie n'a pas un fonctionnement linéaire mais qu'elle fonctionne par cycles: période de croissance, crise, période de décroissance, puis de nouveau période de croissance... Keynes, pour éviter les conséquences de crises comme celles de 1929 (la dépression et l'apauvrissement) propose que l'Etat s'engage dans des politiques de grands travaux pendant la période de crise et celle de dépression (qu'il devienne donc employeur quelque part) et relance la consommation avec de l'argent (l'impôt) qu'il aura récolté pendant les périodes d'enrichessement. D'où les politiques de redistribution qu'on a connues en Europe depuis 1945 et jusqu'à aujourd'hui. Keynes propose encore que les banques centrales jouent sur les taux d'intérêt pour maîtriser le poids de leur monnaie (théorie que la monnaie a une valeur et que l'Etat peut jouer dessus pour protéger son économie).
On ne peut pas dire que de telles politiques aient plû à tous les libéraux. Mais ça prouve qu'il existe plusieurs modes de pensée au sein du monde libéral, et que ce sont le plus souvent les idées qui façonnent le marché, contrairement à ce que certains néolibéraux actuels voudraient nous faire croire. Mais ces derniers sont maintenant en force. Comment et pourquoi? C'est la suite.
Spiegel