18.10.06

Sarkophage

Depuis le commencement,
Le temps est dictatorial
Nuits et jours se suivent,
Et c’est légal

Lune du roi Soleil,
Tu l’éclipses dans son sommeil

Iznogoud de l’heure,
A l’œil inquisiteur
Tu te ris du sultan, du malheur

Prince, roi ou empereur,
Le pouvoir éternise ton rêve,
Glacé, de grandeur

Napoléon des Carpates...
Prends garde Pharaon,

Si tu prends la Marianne,
Ta faim sera ton sarkophage

2.10.06

Allez un petit poème pour passer le temps...

Sur une plage, allongée Je te vois, allongée
Sur ce banc de sable,
Fin, épuré

Tes cheveux, brûlants,
En pleine légèreté,
Reflètent la chaleur
Dans tes yeux dorés

La langueur,
Contingente à ce laisser-poser,
S'extirpe
Jusqu'au long de tes pieds

Ce doux éclat de beauté
Suit les courbes de la finesse
Et s'échappe -de mon esprit-
Tel un rêve d'été

Contre un tel édifice
La mer n'a aucun effet... Peut-être le sel...
Non, il le ferait briller
Spiegel

La méthode Sarkozy pour 2007

CRITIQUE POLITIQUE
Ministre de l'Intérieur depuis 2002, avec une alternance d'un an à l'économie, Nicolas Sarkozy se présente depuis plus de quatre ans comme le présidentiable pour 2007. Pourtant, il n'a encore rien dit de son programme. Et ces tergiversations, mêlées à ces « coups de gueules » médiatiques, ne dévoilent rien.
Il est déjà président... selon les médias bien sûr. En cinq ans, jamais homme politique n'aura fait autant parler de lui, ou alors il faut déjà être un président de la République en exercice. Nicolas Sarkozy est donc un être à part. D'abord, il a la langue médiatique bien pendue tandis que les médias ont pour lui des oreilles bien attentives. Donnant son avis sur tout, celui qui a été successivement ministre d'Etat à l'Intérieur, ministre des finances (pendant un an), puis de nouveau ministre de l'Intérieur, sait se faire entendre, même quand il n'est pas directement concerné par une question. Sur le plan des Affaires étrangères, sa visite à Washington est un bel exemple : « Je ne comprends pas pourquoi la France a brandit son droit de véto contre les Etats-Unis à l'Onu en 2002. » Selon la Constitution de 1958, ce sont pourtant le ministre des Affaires étrangères et le président de la République (théorie du Domain réservé) qui sont en charge de ces décisions.
La mise en cause de l'indépendance judiciaire, est un écho à ces charges habituelles qui dépassent les cadres de pouvoir fixés par la loi au ministre de l'Intérieur. Des charges qu'il reprend à satiété dès que l'occasion se présente. Le mercredi 22 septembre, il est cité dans "Le Monde": « Depuis le début de l'année, le nombre d'écroués est en baisse de 15,5% (en Seine-Saint-Denis) », alors que la hausse des faits de violences est de plus de 10% dans la même période. « Cela témoigne d'une forme de démission (de la justice). J'aimerais que l'on m'explique comment on empêche un délinquant de récidiver si on n'a pas le courage de le mettre en prison. » Quel rapport permet au ministre d'associer récidive à prison alors qu'on sait très bien que les établissements pénitentiaires n'empêchent pas les récidives. Au mois de juin, Nicolas Sarkozy avait déjà promis qu'un juge devrait « payer pour sa faute », suite à l'assassinat commis par un récidiviste que le juge avait fait relâcher peu avant le meurtre.
Des propos incompatibles avec la fonction que l'homme occupe: un ministre est tenu au devoir de réserve. Il est membre du gouvernement, une institution collégiale. Sans parler des propos de nettoyage au Kärcher qui sont d'abord un appel au meurtre (déguisé) et qui confondent sanction et justice: soit il s'agit d'une guerre civile et dans ce cas là, c'est au président de décider des solutions à apporter, soit il s'agit d'un problème pénal et ce sont les institutions judiciaires qui fonctionnent (c'est ce qui s'est produit).
« En finir avec les privilèges »
Ce « discours de la rupture » n'est pas celui d'un ministre, non. C'est seulement celui d'un orateur qui veut être reconnu et élu, d'un avocat qui défendrait sa propre cause. Nicolas Sarkozy hausse le ton en reprochant leurs politiques à des ennemis imaginaires ou inateignables (ceux qui pensent ceci, ceux qui disent cela...), à des valeurs historiques dont il dénature l'origine (mai 1968: c'est à la mode) ou à des entités dénuées de pouvoir. Des politiques qui auraient laissées le pays dans l'état actuel ; un état «lamentable » qui, si on le laisse perdurer, « va tuer le pays, ses forces vives, au profit d'une idéologie sociale dépassée ». Une idéologie, « dénuée de bon sens » qui mine le pays. « Au contraire, il faut être pragmatique, si l'on veut s'en sortir ». Mais le pragmatisme, n'est-ce pas idéologique? Et puis qu'est-ce qu'une idéologie, sinon une idée qui rassemble les autres sous un point de vue. C'est réducteur mais un homme, les hommes ou même a fortiori l'Etat a-t-il les moyens de régler les problèmes quotidiens au coup par coup, au gré des cyclones médiatiques. N'est-ce pas oublier que le monde est complexe et se voiler la face?
Le candidat Nicolas Sarkozy se veut présidentiable depuis 2002. Il a donc un programme, lié à sa vision de la France, et de la France dans le monde. Pour l'environnement, il souhaite imposer aux entreprises un impôt sur la pollution à la place de celui qui existe sur le travail (ce qui apparemment fonctionne aux Etats-Unis). Du côté de la justice, « il faut responsabiliser les magistrats »; pourtant à moins d'être juges du siège -justement irresponsables pour une question d'indépendance- ils sont déjà responsables de leurs actes. Sarkozy se veut encore défenseur du « libéralisme » (ou plutôt du néo-libéralisme), « seul moyen de créer des richesses » et veut égaliser les statuts de salariés du privé et de fonctionnaires du public pour « en finir avec les privilèges ». Mais a-t-il compris que les privilégiés sont ceux qui détiennent des actions et qui décident de la politique des entreprises sans y être impliqué? Sans même parler des patrons-voyoux (l'arbre qui cache la forêt), qui sont les irresponsables? Certainement pas ceux qui s' « offrent » une rémunération que d'autres leur ont laissé prendre. Non, les responsables, ce sont des actionnaires qui prennent des décisions sans connaître le rapport humain ou environnemental de l'entreprise; l'important, c'est de trouver une solution à court terme, pour gagner un maximum d'argent en un minimum de temps. pour eux, « jouer en bourse » est une mauvaise blague: c'est très sérieux au contraire même si, au bout du compte, on sait très bien qu'on ne sera (presque) jamais poursuivi en justice.
Les "étrangers suspects coupables"
Par rapport à la Veme République, le président-candidat de l'UMP propose encore du « changement ». Il souhaite en finir avec le domaine réservé. Très bien, seulement il ne propose pas de revoir le pouvoir du président dans ses fondements idéologiques, seulement sur son aspect extérieur. On prône ainsi l'idée que le président doit être responsable mais sans lui donner la capacité de l'être puisque ce dernier, selon l'idée du ministre de l'Intérieur, ne pourra être poursuivi par la justice, même pour des actes délictueux commis avant son mandat, comme c'est le cas depuis que Jacques Chirac s'est protégé derrière le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), dont il était membre. Et puis, rendre responsable un homme élu suite à des déclarations médiatiques telles qu'elles se font aujourd'hui dans les médias (notamment télévisuels), c'est un pied de nez qui ferait bien rire (jaune) ceux qui ont créé la République. Et de toute façon, élu par des millions de Français, nommant toujours le premier ministre (et donc le gouvernement), il serait toujours maître de la politique nationale, toujours capable de faire émettre par son gouvernement des projets de loi, et donc de détenir en quelque sorte le pouvoir législatif. Surtout que Sarkozy se dit contre le "49.3". Le gouvernement ne pourra donc plus "sauter" s'il se trouve en porte-à-faux avec sa majorité. Quoi de plus démocratique?
Finalement, le discours programmatique le plus construit du ministre de l'Intérieur est encore celui qui concerne son propre ministère. Il faut sécuriser le pays. Pourquoi? « Le terrorisme, la criminalité qui gangrènent chaque jour un peu plus le pays... » Comment? En augmentant artificiellement le nombre des délits et des crimes dans le droit pénal, et en criminalisant un maximum les comportements, comme dans les interdictions de réunion dans les halls d'immeuble (atteinte au droit de réunion inscrit dans la Constitution). Sur le thème, « nous ne pouvons accueillir tout le monde sinon les problèmes vont se multiplier, surtout en ce qui concerne le travail et le logement » (1), Nicolas Sarkozy ajoute à tous ces comportements, une liste plus ou moins exhaustive de suspects coupables d'office: les étrangers. Et il prône leur renvoi par charters. Il se félicite des résultats: 10.000 en 2002 à 25.000 en 2006 (2), mélangeant du même coup et, surtout dans le même avion, les immigrés du travail et les immigrés demandeurs du droit d'asile.
Le minsitre candidat défend aussi la « discrimination positive », dont le premier mot rappelle des régimes qui n'ont pas laissé que des traces positives pour accueillir les étrangers qui nous intéressent, ceux qu'on voudra bien désigner comme capables -même s'ils restent suspects. Grâce à cette "idée", les entreprises pourront, en plus de payer moins chers ceux qu'elles auront bien voulu féliciter par la discrimination positive, continuer à recevoir ceux qui resteront clandestins, payeront leur foyer misérable pour une fortune et travailleront gratuitement.
La poigne populiste
Résoudre véritablement la question des flux migratoires (en les limitant), est en fait un gros problème pour Nicolas Sarkozy. Cela reviendrait à aller à l'encontre des choix économiques qui se font depuis des dizaines d'années (surtout depuis 20 ans) en France et dans les pays les plus riches. Comment peut-on aujourd'hui choisir de recevoir des immigrés légalement alors que l'économie mondiale fonctionne justement grâce à un coût très faible de la valeur travail? C'est un débat qui revient sans cesse mais qui n'a toujours pas été résolu par les hommes politiques qui savent très bien que, chez eux (en Europe, aux Etats-Unis, au Japon...), les travailleurs ont des droits sociaux qui contrebalancent ce faible prix de leur main d'oeuvre ; des droits inégaux, c'est vrai mais qu'il vaut mieux réviser au profit de nos grands employeurs nationaux plutôt que de s'attaquer à ceux qui en profitent. Qui se sent attaqué lorsqu'on cherche à protéger cette population qui souhaite simplement vivre si ce ne sont les entreprises qui se sont créées sur notre territoire? Qui se sent visé quand les Etats les plus riches veulent s'entendre sur les transferts de technologie au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC)? Cette question dont on parlait dans les années 1970, n'a toujours pas été réglée non plus.
Pour en revenir à Nicolas Sarkozy, il est clair que cet homme joue en double-jeu dans son programme en n'énonçant pas la manière dont les décisions se posent à lui ; comme ceux qui l'ont précédé d'ailleurs. En réalité, sauf sur l'Intérieur où il a délibérément choisi la politique du renferment sur soi et de l'attaque des plus pauvres et des plus démunis, Nicolas Sarkozy ne propose que du vent. Pourquoi proposer une réponse sociale aux questions qui touchent la majorité des Français -réponse qui mettrait dix ou quinze ans à porter ses fruits- alors qu'on peut être élu grâce à son image et à l'argent des plus riches qui financent la campagne médiatique ou plus simplement qui détiennent déjà les mass médias? « La façade, toujours la façade », disait la chanson de Bourvil: si vous êtes bien mis, la concierge (l'électeur) vous montre l'ascenceur, sinon, c'est les escaliers. Une consigne que le minstre président candidat a retenu à la lettre. Même s'il doit pour cela désapprouver ceux qui l'ont précédé à ses postes, ceux pour qui il a travaillé et même ceux qui lui ont appris le métier (comme Jacques Chirac par exemple). Car aujourd'hui, soigner sa présentation, c'est laisser croire qu'on a une politique. Et qu'elle meilleure manière que de paraître volontaire et convaincu de ses bons offices en s'énervant à tout bout de champ pour une légère critique? Quand on est investi, il faut de la poigne. Ça rassure contre les peurs qu'on a soi-même créées. S'il est une technique éprouvée tout au long du siècle passé, c'est bien le populisme. Mais sur le long terme, ou cela peut-il mener? Une personne responsable réfléchit aux conséquences.
Spiegel

(1) Explications de l'écrivain Denis Tillinac de l'émission de Canal + « En apparté » (21 septembre 2006).
(2) Le Figaro du 22 septembre 2006.