17.12.06

L'économie, moteur de notre monde (3/3)

L'économie et les idées (2/2) : neo-libéralisme et néo-conservatisme

Comme on l'a vu, l'économie est une affaire d'idées. Celles-ci s'insèrent dans un monde où l'homme doit faire face à des choix politiques et sociaux.
Le libertarisme* (certains disent libertarianisme) ou néo-libéralisme, comme le nomme ses adversaires, est une de ces idées. Une idée qui est née en réaction au libéralisme de Keynes. Théorisé dans les années 1950-60 par des hommes comme l'américain Milton Friedman, il vise à démanteler le pouvoir de l'Etat, jugé comme exagéré. L'Etat vole les hommes qui créent la richesse en les obligeant à payer des impôts et des charges sociales pour redistribuer. Il est un frein à la liberté d'entreprendre, donc à l'embauche et à une vraie redistribution des richesses.
En 1962, dans "Capitalism and freedom", Friedman, chercheur en économie à Chicago, défend l'idée qu'utiliser la monnaie comme moyen d'augmenter la consommation provoque de l'inflation, et fait baisser sa valeur. Il dit: "L'inflation est partout et toujours un problème monétaire." Ce qui signifie que les causes de l'inflation sont les conséquences d'une politique monétaire. Il faut rappeler qu'à l'époque on avait vécu des cas dramatiques d'inflation (la crise de 1929 aux Etats-Unis, et surtout sa conséquence en Allemagne, qui a ruiné le pays et, selon toute probabilité, est un des facteurs essentiels de l'élection de Hitler). L'Etat ne doit donc plus soutenir la consommation car il met en péril la vie des entreprises de son pays en faisant baisser la valeur de sa monnaie. Ce qui révèle que son imiscion dans l'économie est néfaste, d'autant que "la responsabilité sociale de l'entreprise est d'accroître son bénéfice", dit Friedman. Et par là, l'entrepreneur s'occupe déjà de l'enrichissement, donc d'employer la population au maximum et de la payer au prix du marché. On n'a pas besoin d'Etat hormis pour défendre cette situation de fait, ce qui en revient à la théorie de Locke.
Dans les années 1930, avec les attaques marxistes, radicales (je veux dire des républicains en France) ou keynésiennes, plus personne ou presque n'osait défendre de pareilles idées mais avec l'enrichissement du monde occidental (Etats-Unis, Europe de l'Ouest...) et l'anti-communisme, Friedman est de plus en plus écouté ; à tel point qu'il décroche un prix Nobel d'économie au début des années 1970. Ces idées prennent un nouvel essor avec les débuts de la mondialisation des échanges. Aujourd'hui, parmi les plus importantes revendications de ces libertaristes (ou libertariens), on notera la demande, formulée politiquement, de libéraliser les échanges à l'intérieur d'un même Etat pour assouplir le fonctionnement des entreprises -qui doivent faire face à l'accélération des échanges et aux modifications rapides de leurs marchés (dans le système boursier surtout)- et ainsi développer la compétitivité des entreprises nationales vis-à-vis des concurrents de l'étranger (ce qui doit selon eux passer par des mesures de suppression d'impôts et de charges salariales, l'allègement des contraintes sur les contrats de travail salariés notamment en ce qui concerne les licenciements, voire la supression des contrats à durée indéterminée).
Au départ soutenue par des économistes, cette idée de libertarisme est passée dans le champ politique, d'abord aux Etats-Unis, puis au Royaume-Uni avec une femme comme Thatcher qui a libéralisé tous les services étatiques, puis en France avec des hommes politiques comme Madelin. A l'heure actuelle, cette vision du monde ne doit pas être remise en cause, c'est devenu pour chacun d'entre nous une faute professionnelle.
Néoconservatisme
Pourtant, l'exemple le plus infame de cette théorie, c'est l'aspect politique qu'il prend à l'extrême aujourd'hui: le bien nommé néoconservatisme. Construit sur la liberté, ce système s'avère incapable de la faire respecter. En dehors des riches ou des Etats-Unis (si l'on veut prendre très large parce que finalement, les pauvres aussi sont exclus du droit à la liberté), ce système profite de la pauvreté pour s'enrichir sur son dos, voire la faire prospérer, à des fins d'enrichissement personnel. Je m'explique.
Le néoconservatisme est le nouvel extrême (en pratique) de ces théories libertaristes. On libéralise chez nous, on fait du protectionnisme à tout crain vis-à-vis de l'extérieur (comme on a toujours fait: d'où la mondialisation bien sûr, surtout celle du riche) et finalement, on demande à l'Etat de dépenser des sommes astronomiques dans l'armement pour doper sa propre économie, et permettre aux entreprises de relancer le taux de croissance, et tirer artificiellement l'économie. Les entreprises américaines ont compris: développer la consommation avec la com (pub, télé, etc...) c'est bien mais ça ne suffit pas parce que le salaire du péquin moyen est trop faible pour dépenser assez, et finalement à permettre une forte croissance. Même en s'endettant, on n'arrive plus à tirer suffisamment la machine pour que les plus riches puissent devenir plus riches ou plus simplement que les plus pauvres ne s'appauvrissent pas plus. Alors, que faire? La guerre, c'est bien pour éviter une crise. On fait élire un idiot enfin bref... C'est un peu le sujet de ma pièce de théâtre. Et on a tout inversé. Aujourd'hui, c'est l'entrepreneur (ou l'actionnaire majoritaire plutôt) qui décide de politique: attention danger!
La machine s'est un peu emballée et on ne sait plus trop quoi faire pour l'arrêter, alors autant s'occuper d'environnement, tiens. Enfin, je rigole mais bon. En tout cas, les plus pauvres restent pauvres parce que contrairement à ce qu'on a promis, on a toujours pas fait de transferts de technologies, ce qui pourrait leur donner un peu d'aisance pour réfléchir et se développer. Hormis avec quelques pays comme le Brésil qui sont relativement protégés, on achète la banane à quedalle pour la surtaxer et la vendre quand même. On vit sur le dos du monde.
J'ajouterai seulement une chose à cet argumentaire qui vous paraîtra certainement extrémiste, c'est que je ne crois pas que tous les acteurs économiques et politiques se pensent responsables d'un tel fonctionnement. Ils n'en ont pas forcément totalement conscience (ou plutôt ne veulent pas le voir) mais leurs alliances à court ou à moyen terme (économique bien sûr) mettent en péril le monde. Personne n'est totalement responsable, à moins d'entretenir des chimères sur le système économique -ce qui concerne quand même beaucoup de gens qui aiment se laisser bercer plutôt que de penser- (et aussi de s'appeler Friedman). Mais on doit tous faire quelque chose. Enfin, ce serait bien.

Spiegel
*En anglais, on les nomme les libertaires mais cette notion ne convient pas en France où les libertaires sont des anarchistes de gauche.
Et je ne parlerai pas d'anarcho-capitalism (aller voir sur wikipédia avec David Friedman, qui lui est bien né de son père et de la cuisine à Jupiter)

25.11.06

L'économie, moteur de notre monde (2/3)

L'économie et les idées (1/2)

Contrairement aux idées reçues ou aux pensées toutes faîtes et pré-emballées dans du papier cadeau (et qu'on offre au spectateur-citoyen pour les grandes occasions), l'économie est une affaire de réflexions et d'idées. La création depuis la fin de la seconde guerre mondiale de grandes organisations internationales qui se veulent apolitiques, comme l'OMC (Organisation mondiale du commerce) ou le FMI (Fonds monétaire international), en sont la preuve. Pour promouvoir une mondialisation des échanges, les libérer des entraves étatiques (notamment des barrières douanières), et permettre l'enrichissement de tous (pauvres comme riches), on a créé dans les années 1950-70, et sous l'impulsion américaine, plusieurs organisations à l'échelle internationale. Ces organisations se devaient de réfléchir pour augmenter la richesse de chaque Etat qui fonctionnait grâce à l'économie de marché et de permettre aux populations de se développer. Il s'agissait donc aussi de la part des plus riches d'aider les plus pauvres en limitant, voire en anéantissant, les systèmes douaniers et en mettant en place des transferts de technologie, afin que ces pays pauvres puissent accéder à la maîtrise d'outils performants dans la création de richesse (technologie pour pomper l'eau, le pétrole, pour l'agriculture...). Aujourd'hui, tout ce travail paraît avoir été abandonné (à grand échelle je veux dire): l'OMC est bloquée, tour à tour par les Etats-Unis, tour à tour par l'Europe et notamment la France (ex: l'agriculture). Quant au FMI, il ne nous sert qu'à nous protéger, nous, les pays riches contre des plus pauvres qui pourraient nous concurrencer (ex: la grave crise de 1997 en Argentine née de la demande par le FMI (et notamment des USA en bisbille politique avec l'Argentine) du remboursement total des dettes du pays qui était alors en pleine expansion). Pourquoi a-t-on changé de politique?
Et bien d'abord parce que sans l'URSS, pas de modèle communiste à affronter. Les Américains n'ont plus à se protéger du communisme, à protéger leurs alliés et à allécher financièrement ceux qui aimeraient les rejoindre. Aujourd'hui, tout le monde est dans le même bateau économique et c'est celui du chacun pour soi, de l'enrichissement égoïste. Où va ce bateau? A mon avis à la catastrophe qui attend le narcissique qui dérive au long de son délire, c'est-à-dire la guerre. Pourquoi et comment, là sont les vrais questions.
Petit rappel historique:
La pensée à la mode aujourd'hui, c'est celle du liberalisme. Une pensée qui nous vient des années 1930, voire des économistes libéraux du XIXème, mais plus loin encore des philosophes John Locke ou encore Hume aux XVIIe et XVIIIe. Ces deux hommes ont beaucoup réfléchit à la nature de l'homme. Leurs théories sur la liberté sont des précepts encore vivaces: "Pour l'homme dans l'état de nature la liberté, disent-ils, c'est d'abord la propriété de soi, de son corps (et de sa conscience)". Mais ils ont encore un autre précept: ce qui lie les hommes entre eux dans la société, ce sont les échanges (économiques). Il en découle pour eux que l'Etat ne doit avoir comme pouvoirs que ceux de garantir cette liberté qui permet les échanges: donc de pouvoir rendre une justice équitable (et aussi de punir) et de défendre les citoyens contre d'autres états (protéger leur liberté). L'Etat n'a pas à intervenir dans l'économie donc. Ce sont les théories libérales dites classiques qui naissent avec Adam Smith notamment. C'est lui qui définit la main invisible. Au XIXème, ces théories subissent une critique importante qui est celle de Marx, pour qui ce système théorique du point de vue économique (et sa pratique) est de toute manière injuste puisqu'il favorise uniquement le plus riche au détriment du plus pauvre: de toute façon, l'ouvrier n'est pas rétribué assez pour son travail.
Dans les années 1930, beaucoup de démocraties sont en pleine expansion en Europe, fondées sur des principes plus égalitaires qu'au Royaume-Uni. Des économistes qui se disaient libéraux, comme Keynes par exemple, ont alors défendu l'idée que l'Etat se devait d'intervenir pour corriger les "effets pervers" de l'économie de marché. Que faut-il sous-entendre par "effets pervers"? La définition est vague. A l'époque, on a déterminé que l'économie n'a pas un fonctionnement linéaire mais qu'elle fonctionne par cycles: période de croissance, crise, période de décroissance, puis de nouveau période de croissance... Keynes, pour éviter les conséquences de crises comme celles de 1929 (la dépression et l'apauvrissement) propose que l'Etat s'engage dans des politiques de grands travaux pendant la période de crise et celle de dépression (qu'il devienne donc employeur quelque part) et relance la consommation avec de l'argent (l'impôt) qu'il aura récolté pendant les périodes d'enrichessement. D'où les politiques de redistribution qu'on a connues en Europe depuis 1945 et jusqu'à aujourd'hui. Keynes propose encore que les banques centrales jouent sur les taux d'intérêt pour maîtriser le poids de leur monnaie (théorie que la monnaie a une valeur et que l'Etat peut jouer dessus pour protéger son économie).
On ne peut pas dire que de telles politiques aient plû à tous les libéraux. Mais ça prouve qu'il existe plusieurs modes de pensée au sein du monde libéral, et que ce sont le plus souvent les idées qui façonnent le marché, contrairement à ce que certains néolibéraux actuels voudraient nous faire croire. Mais ces derniers sont maintenant en force. Comment et pourquoi? C'est la suite.
Spiegel

10.11.06

Délit

Délit,
Mélodie
Triste et jolie
Qui dévie,
Drague mon esprit,
Part en petites utopies



"L'artiste, le vrai, commet des délits -écrire, peindre, sculpter, penser tout simplement-. C'est dans la nécessité qu'on décèle ce parallèle: l'artiste engagé travaille comme le pauvre qui est obligé de voler une pomme pour manger."

4.11.06

Après toi

Sur cette planète
-Je la nomme tête-,
Je me balade,
Les yeux qui se perdent

Je me noie,
Mes oreilles s'ouvrent,
Mon coeur se contracte,
Je cours, je vois

Sur ta chaude peau d'été,
Je pose mon doigt, frêle
Tu refuses cette chaleur, passive,
Tu aimes pourtant l'idée

Je t'aime, belle esthète
Tu es le coeur de la pensée
Que j'effleure de ma beauté
Que tu choies dans l'idée

Je te veux dans mon coeur
Parce que, naïade,
Tes jambes sont des reflets
Qui enveloppent mes idées

Je t'aime,
Nais!


Les reflets qui brillent le long de ta chair
Dévoilent des fleurs

Elles fredonnent au fond de mon coeur
Qui chante la clarté de ton air

3.11.06

La vie et l'esprit

"Je t'aime la vie,
Plus fort que l'ennui
Autant que la route tranquille,
Comme la voie que suit l'esprit"


Sur le bon esprit,
Pose le flot de tes textes,
Circoncis dans ta tête,
Bien rythmés dans ta vie

Sur la douceur de tes joues
A poussé la fraîcheur de mes goûts

Sur la rose que décrivent tes lèvres,
J'ai prolongé la chaleur de mes rêves

18.10.06

Sarkophage

Depuis le commencement,
Le temps est dictatorial
Nuits et jours se suivent,
Et c’est légal

Lune du roi Soleil,
Tu l’éclipses dans son sommeil

Iznogoud de l’heure,
A l’œil inquisiteur
Tu te ris du sultan, du malheur

Prince, roi ou empereur,
Le pouvoir éternise ton rêve,
Glacé, de grandeur

Napoléon des Carpates...
Prends garde Pharaon,

Si tu prends la Marianne,
Ta faim sera ton sarkophage

2.10.06

Allez un petit poème pour passer le temps...

Sur une plage, allongée Je te vois, allongée
Sur ce banc de sable,
Fin, épuré

Tes cheveux, brûlants,
En pleine légèreté,
Reflètent la chaleur
Dans tes yeux dorés

La langueur,
Contingente à ce laisser-poser,
S'extirpe
Jusqu'au long de tes pieds

Ce doux éclat de beauté
Suit les courbes de la finesse
Et s'échappe -de mon esprit-
Tel un rêve d'été

Contre un tel édifice
La mer n'a aucun effet... Peut-être le sel...
Non, il le ferait briller
Spiegel

La méthode Sarkozy pour 2007

CRITIQUE POLITIQUE
Ministre de l'Intérieur depuis 2002, avec une alternance d'un an à l'économie, Nicolas Sarkozy se présente depuis plus de quatre ans comme le présidentiable pour 2007. Pourtant, il n'a encore rien dit de son programme. Et ces tergiversations, mêlées à ces « coups de gueules » médiatiques, ne dévoilent rien.
Il est déjà président... selon les médias bien sûr. En cinq ans, jamais homme politique n'aura fait autant parler de lui, ou alors il faut déjà être un président de la République en exercice. Nicolas Sarkozy est donc un être à part. D'abord, il a la langue médiatique bien pendue tandis que les médias ont pour lui des oreilles bien attentives. Donnant son avis sur tout, celui qui a été successivement ministre d'Etat à l'Intérieur, ministre des finances (pendant un an), puis de nouveau ministre de l'Intérieur, sait se faire entendre, même quand il n'est pas directement concerné par une question. Sur le plan des Affaires étrangères, sa visite à Washington est un bel exemple : « Je ne comprends pas pourquoi la France a brandit son droit de véto contre les Etats-Unis à l'Onu en 2002. » Selon la Constitution de 1958, ce sont pourtant le ministre des Affaires étrangères et le président de la République (théorie du Domain réservé) qui sont en charge de ces décisions.
La mise en cause de l'indépendance judiciaire, est un écho à ces charges habituelles qui dépassent les cadres de pouvoir fixés par la loi au ministre de l'Intérieur. Des charges qu'il reprend à satiété dès que l'occasion se présente. Le mercredi 22 septembre, il est cité dans "Le Monde": « Depuis le début de l'année, le nombre d'écroués est en baisse de 15,5% (en Seine-Saint-Denis) », alors que la hausse des faits de violences est de plus de 10% dans la même période. « Cela témoigne d'une forme de démission (de la justice). J'aimerais que l'on m'explique comment on empêche un délinquant de récidiver si on n'a pas le courage de le mettre en prison. » Quel rapport permet au ministre d'associer récidive à prison alors qu'on sait très bien que les établissements pénitentiaires n'empêchent pas les récidives. Au mois de juin, Nicolas Sarkozy avait déjà promis qu'un juge devrait « payer pour sa faute », suite à l'assassinat commis par un récidiviste que le juge avait fait relâcher peu avant le meurtre.
Des propos incompatibles avec la fonction que l'homme occupe: un ministre est tenu au devoir de réserve. Il est membre du gouvernement, une institution collégiale. Sans parler des propos de nettoyage au Kärcher qui sont d'abord un appel au meurtre (déguisé) et qui confondent sanction et justice: soit il s'agit d'une guerre civile et dans ce cas là, c'est au président de décider des solutions à apporter, soit il s'agit d'un problème pénal et ce sont les institutions judiciaires qui fonctionnent (c'est ce qui s'est produit).
« En finir avec les privilèges »
Ce « discours de la rupture » n'est pas celui d'un ministre, non. C'est seulement celui d'un orateur qui veut être reconnu et élu, d'un avocat qui défendrait sa propre cause. Nicolas Sarkozy hausse le ton en reprochant leurs politiques à des ennemis imaginaires ou inateignables (ceux qui pensent ceci, ceux qui disent cela...), à des valeurs historiques dont il dénature l'origine (mai 1968: c'est à la mode) ou à des entités dénuées de pouvoir. Des politiques qui auraient laissées le pays dans l'état actuel ; un état «lamentable » qui, si on le laisse perdurer, « va tuer le pays, ses forces vives, au profit d'une idéologie sociale dépassée ». Une idéologie, « dénuée de bon sens » qui mine le pays. « Au contraire, il faut être pragmatique, si l'on veut s'en sortir ». Mais le pragmatisme, n'est-ce pas idéologique? Et puis qu'est-ce qu'une idéologie, sinon une idée qui rassemble les autres sous un point de vue. C'est réducteur mais un homme, les hommes ou même a fortiori l'Etat a-t-il les moyens de régler les problèmes quotidiens au coup par coup, au gré des cyclones médiatiques. N'est-ce pas oublier que le monde est complexe et se voiler la face?
Le candidat Nicolas Sarkozy se veut présidentiable depuis 2002. Il a donc un programme, lié à sa vision de la France, et de la France dans le monde. Pour l'environnement, il souhaite imposer aux entreprises un impôt sur la pollution à la place de celui qui existe sur le travail (ce qui apparemment fonctionne aux Etats-Unis). Du côté de la justice, « il faut responsabiliser les magistrats »; pourtant à moins d'être juges du siège -justement irresponsables pour une question d'indépendance- ils sont déjà responsables de leurs actes. Sarkozy se veut encore défenseur du « libéralisme » (ou plutôt du néo-libéralisme), « seul moyen de créer des richesses » et veut égaliser les statuts de salariés du privé et de fonctionnaires du public pour « en finir avec les privilèges ». Mais a-t-il compris que les privilégiés sont ceux qui détiennent des actions et qui décident de la politique des entreprises sans y être impliqué? Sans même parler des patrons-voyoux (l'arbre qui cache la forêt), qui sont les irresponsables? Certainement pas ceux qui s' « offrent » une rémunération que d'autres leur ont laissé prendre. Non, les responsables, ce sont des actionnaires qui prennent des décisions sans connaître le rapport humain ou environnemental de l'entreprise; l'important, c'est de trouver une solution à court terme, pour gagner un maximum d'argent en un minimum de temps. pour eux, « jouer en bourse » est une mauvaise blague: c'est très sérieux au contraire même si, au bout du compte, on sait très bien qu'on ne sera (presque) jamais poursuivi en justice.
Les "étrangers suspects coupables"
Par rapport à la Veme République, le président-candidat de l'UMP propose encore du « changement ». Il souhaite en finir avec le domaine réservé. Très bien, seulement il ne propose pas de revoir le pouvoir du président dans ses fondements idéologiques, seulement sur son aspect extérieur. On prône ainsi l'idée que le président doit être responsable mais sans lui donner la capacité de l'être puisque ce dernier, selon l'idée du ministre de l'Intérieur, ne pourra être poursuivi par la justice, même pour des actes délictueux commis avant son mandat, comme c'est le cas depuis que Jacques Chirac s'est protégé derrière le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), dont il était membre. Et puis, rendre responsable un homme élu suite à des déclarations médiatiques telles qu'elles se font aujourd'hui dans les médias (notamment télévisuels), c'est un pied de nez qui ferait bien rire (jaune) ceux qui ont créé la République. Et de toute façon, élu par des millions de Français, nommant toujours le premier ministre (et donc le gouvernement), il serait toujours maître de la politique nationale, toujours capable de faire émettre par son gouvernement des projets de loi, et donc de détenir en quelque sorte le pouvoir législatif. Surtout que Sarkozy se dit contre le "49.3". Le gouvernement ne pourra donc plus "sauter" s'il se trouve en porte-à-faux avec sa majorité. Quoi de plus démocratique?
Finalement, le discours programmatique le plus construit du ministre de l'Intérieur est encore celui qui concerne son propre ministère. Il faut sécuriser le pays. Pourquoi? « Le terrorisme, la criminalité qui gangrènent chaque jour un peu plus le pays... » Comment? En augmentant artificiellement le nombre des délits et des crimes dans le droit pénal, et en criminalisant un maximum les comportements, comme dans les interdictions de réunion dans les halls d'immeuble (atteinte au droit de réunion inscrit dans la Constitution). Sur le thème, « nous ne pouvons accueillir tout le monde sinon les problèmes vont se multiplier, surtout en ce qui concerne le travail et le logement » (1), Nicolas Sarkozy ajoute à tous ces comportements, une liste plus ou moins exhaustive de suspects coupables d'office: les étrangers. Et il prône leur renvoi par charters. Il se félicite des résultats: 10.000 en 2002 à 25.000 en 2006 (2), mélangeant du même coup et, surtout dans le même avion, les immigrés du travail et les immigrés demandeurs du droit d'asile.
Le minsitre candidat défend aussi la « discrimination positive », dont le premier mot rappelle des régimes qui n'ont pas laissé que des traces positives pour accueillir les étrangers qui nous intéressent, ceux qu'on voudra bien désigner comme capables -même s'ils restent suspects. Grâce à cette "idée", les entreprises pourront, en plus de payer moins chers ceux qu'elles auront bien voulu féliciter par la discrimination positive, continuer à recevoir ceux qui resteront clandestins, payeront leur foyer misérable pour une fortune et travailleront gratuitement.
La poigne populiste
Résoudre véritablement la question des flux migratoires (en les limitant), est en fait un gros problème pour Nicolas Sarkozy. Cela reviendrait à aller à l'encontre des choix économiques qui se font depuis des dizaines d'années (surtout depuis 20 ans) en France et dans les pays les plus riches. Comment peut-on aujourd'hui choisir de recevoir des immigrés légalement alors que l'économie mondiale fonctionne justement grâce à un coût très faible de la valeur travail? C'est un débat qui revient sans cesse mais qui n'a toujours pas été résolu par les hommes politiques qui savent très bien que, chez eux (en Europe, aux Etats-Unis, au Japon...), les travailleurs ont des droits sociaux qui contrebalancent ce faible prix de leur main d'oeuvre ; des droits inégaux, c'est vrai mais qu'il vaut mieux réviser au profit de nos grands employeurs nationaux plutôt que de s'attaquer à ceux qui en profitent. Qui se sent attaqué lorsqu'on cherche à protéger cette population qui souhaite simplement vivre si ce ne sont les entreprises qui se sont créées sur notre territoire? Qui se sent visé quand les Etats les plus riches veulent s'entendre sur les transferts de technologie au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC)? Cette question dont on parlait dans les années 1970, n'a toujours pas été réglée non plus.
Pour en revenir à Nicolas Sarkozy, il est clair que cet homme joue en double-jeu dans son programme en n'énonçant pas la manière dont les décisions se posent à lui ; comme ceux qui l'ont précédé d'ailleurs. En réalité, sauf sur l'Intérieur où il a délibérément choisi la politique du renferment sur soi et de l'attaque des plus pauvres et des plus démunis, Nicolas Sarkozy ne propose que du vent. Pourquoi proposer une réponse sociale aux questions qui touchent la majorité des Français -réponse qui mettrait dix ou quinze ans à porter ses fruits- alors qu'on peut être élu grâce à son image et à l'argent des plus riches qui financent la campagne médiatique ou plus simplement qui détiennent déjà les mass médias? « La façade, toujours la façade », disait la chanson de Bourvil: si vous êtes bien mis, la concierge (l'électeur) vous montre l'ascenceur, sinon, c'est les escaliers. Une consigne que le minstre président candidat a retenu à la lettre. Même s'il doit pour cela désapprouver ceux qui l'ont précédé à ses postes, ceux pour qui il a travaillé et même ceux qui lui ont appris le métier (comme Jacques Chirac par exemple). Car aujourd'hui, soigner sa présentation, c'est laisser croire qu'on a une politique. Et qu'elle meilleure manière que de paraître volontaire et convaincu de ses bons offices en s'énervant à tout bout de champ pour une légère critique? Quand on est investi, il faut de la poigne. Ça rassure contre les peurs qu'on a soi-même créées. S'il est une technique éprouvée tout au long du siècle passé, c'est bien le populisme. Mais sur le long terme, ou cela peut-il mener? Une personne responsable réfléchit aux conséquences.
Spiegel

(1) Explications de l'écrivain Denis Tillinac de l'émission de Canal + « En apparté » (21 septembre 2006).
(2) Le Figaro du 22 septembre 2006.